Direction des communicationsUniversité Laval

Hiver 2013

Six avantages à singer le kangourou

Six avantages à singer le kangourou

Pour un enfant prématuré, il n’y a rien de mieux que le ventre chaud de papa ou maman.

Par Manouane Théberge

Passer ses premiers jours peau contre peau avec son parent: c’est ce que préconisent des Colombiens depuis la fin des années 1970. Baptisée Kangourou, la méthode est étudiée de près depuis une vingtaine d’années par des chercheurs de l’Université Laval en collaboration avec des collègues de la Colombie. Leurs résultats pointent tous dans la même direction: pendant les pre­mières semaines de vie du prématuré, le bedon vaut mieux que l’incubateur, au point où la technique est maintenant entrée dans les pratiques du Centre hospitalier universitaire de Québec.

1 - Le cerveau des bébés se développe mieux
La méthode Kangourou a des effets bénéfiques mesurables sur le développement intellectuel de l’enfant. En effet, une grande différence a été constatée entre les grands prématurés qui ont bénéficié de cette méthode et ceux qui ont été placés dans une couveuse. On a noté une forte amélioration chez les enfants kangourous dont l’état à la naissance avait exigé des soins intensifs.
   Selon les chercheurs, la méthode Kangourou procure une stimulation sensorielle positive pendant une période cruciale du développement neurologique de l’enfant. L’appliquer le plus tôt possible chez les nouveau-nés les plus vulnérables et les plus fragiles est donc tout indiqué.

2 - Les bienfaits sur le cerveau sont durables
Des recherches antérieures avaient confirmé que les enfants nés avant la 33e semaine de grossesse éprouvaient, pendant l’enfance et l’adolescence, davantage de problèmes sensori­moteurs, cognitifs et comportementaux que les enfants nés à terme. Or, à l’adolescence, toutes les fonctions cérébrales des enfants portés en kangourou sont comparables à celles des enfants nés après une grossesse complète. Par contre, les prématurés placés en couveuse présentent, 15 ans après leur naissance, des écarts importants par rapport aux deux autres groupes.
   Le bruit du cœur, la voix, la chaleur et les caresses du parent sont des stimulations nerveuses proches des conditions naturelles du milieu intra-utérin, dont le bébé a besoin pendant la période critique d’établissement de liens neuronaux entre les hémisphères cérébraux, ce qui aide au développement du cerveau à court et à long termes.

3 - Le bébé prématuré croît plus normalement
Plus développés. La méthode Kangourou favorise la croissance du nouveau-né, puisqu’en six semaines les prématurés comblent leur retard de développement physique.
Moins malades. On a aussi remarqué que moins d’infections graves survenaient chez les enfants kangourous. Étant pour la plupart nourris au sein, ils sont moins exposés aux germes associés à la manipulation de lait et de bouteilles, de même qu’ils bénéficient d’une meilleure protection immunitaire. Ces enfants sont également moins sujets aux maladies nosocomiales (contractées à l’hôpital) parce que leur séjour dans les maternités bondées est plus court.

4 - L’instinct maternel s’intensifie
La méthode Kangourou amène une relation plus satisfaisante entre la mère et son enfant. Si on les compare aux enfants placés en couveuse, les enfants kangourous réagissent davantage à la présence de leur mère et cette dernière a la conversation plus facile avec son bébé.
   De cette façon, le sentiment de compétence de la mère s’accroît, tout comme le développement du lien entre elle et son enfant. Les mères se sentent ainsi plus compétentes, plus confiantes et davantage à l’écoute de leur enfant.

5 - Les pères prennent leur place
L’un des grands avantages de la méthode Kangourou réside dans l’implication des pères, même là où la culture encourage peu les hommes à prendre soin des poupons. Puisque les mères ne peuvent porter l’enfant continuellement, les hommes se transforment à leur tour en kangourous. Ils ont ainsi l’occasion de prendre une place importante auprès de leur enfant, et ce, dans une période critique de son développement.
   D’ailleurs, lors du suivi médical des enfants ayant participé à une étude menée en Colombie, près de 40% des pères du groupe Kangourou étaient présents à l’hôpital, alors qu’aucun père d’enfants placés en couveuse ne s’est présenté…

6 - Les coûts de santé diminuent
Dans les pays en voie de développement, le nombre élevé d’enfants nés prématurément impose un lourd fardeau au système de santé. Généralement, ces nouveau-nés de petits poids à la naissance (moins de 2500 grammes) sont mis en couveuse afin de recevoir la chaleur nécessaire à leur survie et de traiter leurs pathologies, c’est-à-dire des soins intensifs de longue haleine.
   À la Clinique San Pedro Claver, de Bogota, où on a utilisé la méthode Kangourou, les coûts ont chuté, notamment grâce à la diminution du temps d’hospitalisation néonatale et du temps de présence en incubateur.

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Réjean Tessier et Line Nadeau, professeurs à l’École de psychologie, et Cyril Schneider, professeur à la Faculté de médecine, sont les principaux chercheurs québécois qui ont participé à ces études.

 
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