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Automne 2005

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Dix ans de football Rouge et Or

Le club fête autant le changement de mentalité que les succès de ses joueurs sur le terrain... et en classe!

Par Gilles Drouin

    «Vous allez échouer, le football n’est pas dans la culture des francophones.» Cette prédiction, Gilles D’Amboise, directeur du Service des activités sportives (SAS) de l’Université Laval, l’a entendue plus d’une fois avant le botté d’envoi du premier match hors concours du Club de football Rouge et Or, en 1995.

En fait, c’est peut-être le sport universitaire en général qui n’était pas encore dans la culture d’ici, avant les années 1990.

Aujourd’hui, l’assistance à un match de football dépasse régulièrement les 15 000 personnes, au stade construit en bordure du PEPS. Pour certains matchs cruciaux, jusqu’à 19 000 partisans s’entassent dans les gradins. On refuse même des gens, faute de places! Le club attire plus que n’importe quelle autre équipe de football universitaire au Canada, dont la moyenne des assistances oscille entre 3000 et 5000 personnes!

Chaque partie disputée à Québec constitue un événement festif incluant, pour plusieurs, le traditionnel rendez-vous d’avant-match (Tailgate Party), au cours duquel de petits groupes s’installent dans les alentours du stade et s’offrent un BBQ avant de rallier les gradins. «La première année, se rappelle Gilles D’Amboise, ces partisans recevaient des contraventions. Il a fallu négocier fort avec les autorités pour qu’une telle activité, associée aux matchs de football aux États-Unis, soit tolérée.» Premier changement de culture.

Football: trois fois plus d’écoles secondaires

Le Club de football Rouge et Or entreprend cet automne sa dixième saison régulière. Forte de ses trois coupes Vanier (1999, 2003 et 2004), emblème du championnat canadien, l’équipe fait sentir sa présence bien au-delà de la ville de Québec.

Par exemple, depuis la venue du club de football Rouge et Or, le nombre d’équipes dans les écoles secondaires de la région Québec–Chaudière-Appalaches a triplé, signe d’un autre changement de mentalité. Et plus d’une quarantaine d’anciens joueurs travaillent actuellement comme entraîneurs de football au secondaire, partout au Québec.

C’est le cas, entre autres, de Daniel Fleury, demi-défensif vedette du Rouge et Or de 1995 à 1999. Peu après l’obtention de son diplôme en éducation physique, M. Fleury a mis sur pied le programme de football de l’Académie Saint-Louis à Québec, où il enseigne. «Les premières années, raconte-t-il, les jeunes m’avaient vu jouer ou me connaissaient de réputation. Cela me donnait beaucoup de crédibilité.»

Qu’ils deviennent finalement entraîneurs, professionnels dans la Ligue canadienne de football ou en Europe, ou qu’ils trouvent un emploi dans leur domaine d’étude –souvent éloigné du sport (voir l’encadré)–, les membres du Club de football Rouge et Or ont avant tout bénéficié d’une petite révolution dans le monde universitaire francophone: poursuivre des études universitaires tout en pratiquant le football… en français et sans s’expatrier!

En français svp!

Il y a dix ans, l’Université Laval devenait la première université francophone à avoir une équipe de football. «C’est justement parce qu’il n’y avait pas de club francophone que nous pensions réussir», remarque Gilles D’Amboise. Le terrain était plus fertile que bien des observateurs sceptiques le croyaient. Il y avait notamment une demande en provenance des collèges, dont certains finissants auraient bien voulu poursuivre à la fois leurs études et la pratique du football.

«Dans la première moitié des années 1990, raconte-t-il, nous avons refusé à deux reprises de former une équipe de football.» C’est que, à cette époque, l’Université cherchait avant tout à consolider un modèle innovateur d’organisation des équipes sportives déjà établies. Alors que les autres universités finançaient elles-mêmes la totalité de leurs équipes, parfois avec l’aide financière des diplômés, l’Université Laval a opté pour une approche de cogestion.

«Notre modèle fait appel au milieu régional pour soutenir le développement des clubs sportifs», explique le directeur du SAS. Chaque club devient ainsi une société sans but lucratif, qui regroupe des représentants de l’Université et de partenaires de la communauté –surtout des entreprises. Là encore, tout un changement de mentalité!

La naissance des clubs Rouge et Or

L’idée de ce nouveau modèle de cogestion remonte au tout début des années 1980, période de sérieuses réductions budgétaires. «Notre programme des équipes d’excellence était remis en question compte tenu des coûts assez élevés par étudiant», se rappelle M. D’amboise.

Au cours de cette décennie, les équipes recrutent d’anciens athlètes et des bénévoles qui, en collaboration avec le SAS, organisent des activités de financement pour soutenir les clubs. La plus célèbre de ces activités est sans doute l’Opération Nez rouge, destinée au financement de l’équipe de natation. C’est l’époque où les équipes portent des noms divers: L’Estran (handball), le Sélect (natation), Norbec (patinage de vitesse) ou encore le Triaste (athlétisme).

Au tournant des années 1990, les efforts portent fruit. Des clubs, désormais tous baptisés Rouge et Or, se distinguent sur la scène canadienne. En volleyball, par exemple, l’équipe rafle trois championnats en cinq ans. «À partir de ce moment, remarque Gilles D’Amboise, le soutien venant de la communauté est devenu plus important.»

Deux cultures se rencontrent: celle du monde des affaires et celle du monde institutionnel de l’université. La table est mise pour une percée du côté du football.

Football: le modèle fonctionne!

Ce modèle de cogestion entreprise-université de chaque club vise l’autofinancement par les commandites, les contributions des partenaires, la vente de billets et d’autres activités de financement. Il sera appliqué à la formation du Club de football Rouge et Or dont les succès lui apporteront une plus grande visibilité. «Avec le football, estime M. D’Amboise, nous avons confirmé le potentiel du modèle élaboré progressivement dans les années 1980.»

Les différents clubs doivent offrir un spectacle, ce qui ne pose guère de problème à l’équipe de football! «Cet aspect est important parce que nous sommes alors en mesure d’offrir une visibilité aux partenaires», précise le directeur du SAS.

Les responsabilités des «associés» sont clairement définies. L’université conserve l’avant-plan comme représentante du club et elle en garde le contrôle. Les partenaires s’occupent principalement de la mise en marché, tandis que la réalisation des activités de financement constitue une responsabilité commune.

«L’association à des partenaires a pour principal objectif de créer les meilleures conditions pour les membres des équipes sportives, y compris leur réussite scolaire», précise Gilles D’Amboise.

L’expertise du privé

L’apport des entreprises ne se limite pas à l’argent. «Les gens d’affaires apportent une expérience de gestion très importante, croit Michel Gendron, professeur à la Faculté des sciences de l’administration et fin observateur du fonctionnement du Rouge et Or. Ils donnent une valeur ajoutée à la mise en marché et à l’organisation du club. Cet apport est, selon moi, plus important que le soutien financier.»

Gilles D’Amboise abonde dans le même sens. «Notre partenariat nous donne les moyens d’avoir une vision ambitieuse, estime-t-il. Les gens d’affaires sont habitués au succès, ils voient grand et ils savent prendre les moyens pour que les objectifs se concrétisent.»

M. D’Amboise affirme même que jamais le Club de football n’aurait aussi bien réussi sans la présence de quelqu’un comme Jacques Tanguay, président d’Ameublement Tanguay et président du Club de football Rouge et Or. «C’est toute une machine!», lance-t-il dans un éclat de rire.

La formule du Rouge et Or a fait des petits. Le nouveau Club de football Vert et Or de l’Université de Sherbrooke fonctionne selon le même modèle, tandis que les Carabins de l’Université de Montréal, après observation ici, ont opté pour une formule hybride où les partenaires ne sont pas aussi engagés dans la gestion.

Pour l’amour du sport


Par ailleurs, les autres clubs du Rouge et Or profitent des retom­bées du football. «Dans la région, on a commencé à découvrir d’autres sports et à mieux appuyer les athlètes universitaires», se réjouit Gilles D’Amboise.

Individus ou entreprises, ils le font autant comme spectateurs que comme bailleurs de fonds. Dans cette veine, et parallèlement à la formule de cogestion des clubs, la Fondation de l’Université Laval a mis sur pied le Fonds Rouge et Or. Les athlètes de tous les clubs ont ainsi accès à de modestes bourses, eux qui ne reçoivent aucun salaire pour exercer leur sport en amateurs et restent avant tout des étudiants en quête d’un diplôme.

«En fait, confie M. D’Amboise, un de nos principaux objectifs est de faire de Québec une ville de sport universitaire. Les gens apprécient les jeunes qui pratiquent leur discipline uniquement pour l’amour du sport.»

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PAS DE DIPLÔME À RABAIS


    Au Canada, le sport d’excellence universitaire est l’objet d’une réglementation stricte. Oubliez les diplômes à rabais, les «faux» étudiants et les salaires faramineux. L’athlète est un étudiant à temps complet qui doit réussir ses cours… ou dire adieu à l’équipe!
 
Ces exigences sont synonymes d’un suivi rigoureux des quelque 376 étudiants-athlètes qui font partie des 16 équipes Rouge et Or. Chaque semaine et avant chaque rencontre, le responsable de tout club doit s’assurer que les étudiants sont toujours inscrits à leur programme. Si un étudiant se fait exclure de son programme en cours de session, il doit se retirer immédiatement de l’équipe, sinon celle-ci perdrait le match pour avoir aligné un joueur non éligible.

D’ailleurs, à l’instigation des gens d’affaires, le Service des activités sportives (SAS) a mis sur pied, il y a deux ans, un programme d’encadrement des étudiants-athlètes. L’athlète s’y inscrit de façon volontaire. Il remet alors son horaire de cours, d’examens et de remise des travaux au début de la session. Il s’engage également à signaler le plus tôt possible tout problème dans le déroulement de ses études afin de recevoir de l’aide. Des sessions périodiques d’étude sont aussi prévues.

«Les membres des clubs Rouge et Or sont représentatifs de l’ensemble de la population étudiante, croit Michel Gendron, professeur en sciences de l’administration, une faculté qui compte plus de 50 étu­diants-athlètes. Ils obtiennent leur part de grands succès et ils n’ont pas plus de difficultés que la moyenne.»

Mais ils ont peut-être une plus grande motivation à travailler fort.  «À mon avis, ajoute M. Gendron, les footballeurs se distinguent par leur très grand sens des responsabilités. Lorsqu’ils ont des notes moins satisfaisantes, ils ne cherchent jamais à se défiler. Ils reconnaissent rapidement qu’ils n’ont qu’à travailler plus fort pour obtenir de meilleurs résultats.»

Yannick Normandin est un exemple parmi plusieurs autres. Le gaillard de 1,90m et
135 kilos a joué tant sur la ligne offensive que défensive de l’équipe qui a remporté la première coupe Vanier, en 1999. Au secondaire, il n’avait pas de difficultés particulières, mais la motivation n’y était pas vraiment.

Aujourd’hui, avec son baccalauréat en enseignement de l’éducation physique et sa maîtrise en psychopédagogie, l’ancien numéro 63 s’occupe des équipes de football de la polyvalente Le Mistral de Mont-Joli et agit comme entraîneur avec l’équipe du cégep de Rimouski. «Le football m’a apporté une discipline de travail et une motivation, raconte-t-il. Sans le sport, je n’aurais jamais décroché les diplômes que j’ai aujourd’hui.»

Une discipline de travail qu’il inculque maintenant à ses jeunes protégés. «Certains envisagent de poursuivre leurs études et peut-être de jouer pour le Rouge et Or.» Plusieurs des anciens du Rouge et Or contribuent donc à motiver les jeunes à poursuivre leurs études.

«La pratique d’un sport comme le football, croit pour sa part Daniel Fleury, apporte beaucoup de discipline aux jeunes. Certains ont même de meilleures notes pendant la saison. C’est vraiment un bon moyen de lutter contre le décrochage.»

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EN QUOI ÉTUDIENT NOS ATHLÈTES?

    Les membres des divers clubs Rouge et Or étudient dans plusieurs domaines. Au total, 376 étudiants sont inscrits à temps complet au sein de 15 facultés et dans 102 programmes d’études. De ce nombre, 343 sont inscrits au premier cycle, 24 à la maîtrise et 9 au doctorat. Au cours du trimestre d’automne 2004, 42% de ces étudiants avaient obtenu une moyenne supérieure à 80%.

Voici les facultés qui comptent le plus grand nombre d’athlètes des équipes Rouge et Or:
    Sciences de l’éducation:    79
    Sciences et génie:    69
    Sciences de l’administration:    53 
    Médecine:    43
    Sciences sociales:    26
    Lettres:    22

 
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